« Baignez-vous dans l’art XXL : les œuvres qui marquent le Festival Beauregard Sculpture »

L’actu qui fait vibrer la Normandie

Un parc transformé en musée à ciel ouvert : bienvenue à Beauregard Sculpture

Débarquer au Château de Beauregard, à Hérouville-Saint-Clair, un matin brumeux de printemps, c’est comme ouvrir un œil sur une Normandie audacieuse. Ici, l’impressionnante symétrie du parc laisse vite place au choc visuel : partout, des géants de métal, de pierre, de bois, qui poussent comme des champignons après la pluie. Bienvenue dans un festival pas comme les autres, où l’on déambule nez au vent, sans guide ennuyeux, au rythme de surprises monumentales.

Depuis 2014, le Beauregard Sculpture Festival (BSF pour les intimes) injecte chaque année une dose de surréalisme dans ce coin de verdure hérouvillais. À la différence de son cousin musical (vous voyez le festival Beauregard qui fait trembler la plaine chaque juillet ?), le rendez-vous sculptural, lui, fait vibrer les esprits sur la (très, très) grande taille. Oubliez la statuette de salon : ici, on pense « monumental », « expérience », « immersion ». Et chaque édition, on prend la claque.

Des œuvres hors-normes : une déambulation format XXL

On ne va pas se mentir : recenser toutes les œuvres qui ont marqué Beauregard Sculpture, c’est risquer le torticolis photo. Mais certaines pièces restent imprimées dans les rétines et dans les discussions de terrasse, même des mois après démontage.

  • La Tête de Géant de Paul Day (2018) : Impossible de rater cette silhouette monumentale à demi-enfouie dans les bosquets. L’artiste britannique, habitué des gares parisiennes (il signe « Le Départ » à la Gare du Nord), frappe ici fort avec une tête en bronze de plus de trois mètres, évoquant la mémoire, le rêve, le pays de Gulliver revisité en version normande. Les enfants jouent à cache-cache autour ; les adultes s’arrêtent, méditatifs.
  • Les Machines Végétales de Vincent Mauger (2016) : Ces structures tubulaires — mi-vaisseau spatial, mi-labyrinthe de bois — invitent à la balade comme dans un film de Miyazaki. Mauger imagine l’espace autrement : du bois local, un tressage ingénieux, des jeux d’ombres. Le tout à l’échelle d’un bus scolaire, rien que ça.
  • Le Refuge du Cyclope de Vincent Barré (2021) : De la tôle, du béton patiné par le temps. Ce mastodonte de plusieurs tonnes, à la fois abri et sculpture, attire les visiteurs pendant la pluie (plutôt pratique en Normandie...) et intrigue par son aspect brut, presque primitif. L’œuvre, prêtée par le Fonds Régional d’Art Contemporain Normandie, se transforme en spot à selfies arty le jour de l’ouverture.
  • Les Fantômes de l’Orée de Pauline Bazignan (2019) : Là, c’est une forêt comme sortie d’un conte. Des troncs blanchis, dressés en rythme, créent un espace presque irréel entre ciel et herbe mouillée. Bazignan joue sur l’éphémère : on n’est plus tout à fait dehors, ni tout à fait dedans… et la lumière normande fait le reste.
  • La Spirale de Yvan Avoscan (2022) : Un escargot géant, tout en spirale d’inox poli, qui s’illumine au coucher du soleil. Impossible de ne pas tourner autour — certains chanceux assistent à des performances musicales improvisées à l’intérieur de cette acoustique folle.

Chaque année, la programmation fait la part belle aux créateurs internationaux et aux talents régionaux, mêlant les monstres d’acier aux poésies fragiles du verre ou de la terre cuite. La règle d’or : l’immersion, la surprise, l’échelle qui fait lever la tête.

Secrets de fabrication : dans les coulisses des installations géantes

Sur le festival, on ne passe pas son temps tête en l’air : les rencontres avec les artistes, souvent présents sur place lors du montage, rendent la visite unique. Les équipes logistiques galèrent parfois à déplacer des pièces pesant jusqu’à 10 tonnes. On a vu, un matin de juin, Bernard Jousseaume (commissaire fidèle depuis 2014) guider une équipe de bénévoles, brouette de boulons à la main, sous une drache mémorable. Bienvenue dans les backstages !

Quelques chiffres qui donnent le vertige (source : Ville d’Hérouville-Saint-Clair) :

  • Une vingtaine d’œuvres monumentales installées chaque édition, dont certaines font plus de 6 mètres de haut.
  • Jusqu’à 12 semi-remorques et 4 grues mobilisés selon les années.
  • Plus de 30 000 visiteurs en 2023, record battu (source : Ouest-France).
  • Environ 1500 heures de montage cumulées par édition.

La ville hérouvillaise, soutien historique du projet, fournit logistique, sécurité et une bonne dose de cafés bien serrés aux créateurs épuisés. On croise aussi les pros du FRAC, souvent dans l’ombre, qui prêtent des œuvres ou orchestrent la médiation auprès du public scolaire : des visites guidées sont proposées tout au long du festival, et même les tout-petits s’émerveillent.

Quand l’art change de dimension : les grands favoris du public

Au-delà du choc XXL, certaines installations font l’unanimité. Un petit palmarès maison, glané auprès des guides et des bénévoles :

  • L’Arbre Bleu de Fabrice Hyber (2020) : On l’a vu en “carte postale” sur tous les comptes Instagram du coin. Un arbre peint (oui, un vrai), recouvert d’un bleu vif, devenu le point de rendez-vous du festival. Quand les enfants demandent “Pourquoi il est bleu, l’arbre ?”, les parents improvisent une leçon d’art contemporain en mode normand.
  • La Barque retournée de Marc Morvan (2017) : Recyclage d’un vieux chalutier du Cotentin, posé à l’envers sur l’herbe, comme une promesse de voyage ou un abri contre la bruine. Beaucoup l’ont élu “meilleur coin pique-nique du parc”. D’autres y voient un clin d’œil à la tradition maritime – on n’est pas loin du port de Ouistreham, tout de même.
  • Les Moulins à vent revisités de Laurence Bonnel (2019) : Alignement de moulins en acier brossé, évoquant le patrimoine normand, dans un vent qui parfois fait siffler les pales. Amusant de voir les photographes tenter d’attraper le reflet exact du ciel dans l’aile d’acier.

Ce qui ressort : à Beauregard, l’art monumental dédramatise la visite au musée. On grimpe sur les œuvres (là où c’est autorisé), on échange avec les artistes. Certaines installations invitent même à participer : conserver sa ticket d’entrée, dessiner ses rêves sur un panneau collectif… l’interaction devient la norme.

Focus : les artistes normands en (toutes) grandes pompes

On aurait pu se dire — comme souvent — que la Normandie est le terrain de jeu des Parisiens en goguette. Eh bien non : Beauregard valorise à fond les sculpteurs du cru.

  • Alice du Chatenet, qui travaille la céramique à l’échelle d’une maison de campagne. Les formes rebondies, vernissées, font penser aux galets de la Côte de Nacre, quand le soleil tape fort.
  • Jean-Charles Millepied, originaire de Caen, maître des assemblages qui transforment le métal rouillé en créatures fantastiques. On s’attend presque à voir surgir une vache armoricaine revisitée version « méca » !
  • Blandine Vieillard, qui investit le parc avec ses cocons de corde, tissés parfois sur place avec l’aide des enfants des écoles d’Hérouville. Ici, la frontière entre œuvre et expérience collective est plus poreuse qu’une plage de galets sous la pluie.

Dates, visite pratique et petites astuces de locaux

Vous comptez marcher du château à la prairie ? Il vaut mieux amener de bonnes chaussures : en 2023, le tracé couvrait plus de 7 hectares, entre allées, sous-bois et pelouse du festival musical (hors événement). La manifestation, généralement organisée en mai-juin, profite de la douceur mi-saison : la lumière rasante du soir sublime les œuvres.

Édition Dates Nombre d'œuvres Nombre de visiteurs
2022 27 mai - 26 juin 18 28 000
2023 2 juin - 2 juillet 21 30 000+

Notre astuce de normand : privilégiez la visite le matin (moins de monde), ou au crépuscule pour profiter des œuvres illuminées et des performances inopinées. Le dimanche — si la pluie n’est pas invitée — on croise les familles sur les nappes à carreaux, des couples au café et même les vaches du coin, pas vraiment perturbées par les sculptures géantes...

Navette bus, accès libre, parking géant : c’est open. Le festival est gratuit, un choix revendiqué par les organisateurs pour garder l’art accessible à tous. L’important, c’est de venir curieux. Les écoles du coin ne s’y trompent pas : chaque année, des centaines d’élèves découvrent l’art contemporain autrement.

Et après ? Quand l’art monumental voyage en Normandie

Certains géants de Beauregard ne restent pas orphelins : après leur séjour à Hérouville, ils migrent vers d’autres festivals ou espaces publics, de Granville à Rouen, portés par le réseau art contemporain normand. On retrouve parfois une Tête de Paul Day sur un rond-point ou un Moulin de Laurence Bonnel dans un collège du Calvados. Un patrimoine itinérant, XXL comme la région.

Le rendez-vous Beauregard Sculpture, c’est chaque année la promesse de nouvelles surprises, de rencontres, d’apéros à l’ombre du gigantesque… et d’une Normandie qui s’invente tout près de chez nous. Pas besoin d’aller à Versailles ou à Monumenta : l’art monumental, ici, a le goût du vrai, de l’échange, et de la petite pluie qui s’invite à la fête. Prêts à se faire bousculer par l’art ?

Sources principales : Ville d’Hérouville-Saint-Clair, Ouest-France, France 3 Normandie, bulletins du FRAC Normandie, archives Beauregard Sculpture Festival.