Portraits croisés : ces artistes qui vivent l’écologie au quotidien
Isabelle Hélie, la mer comme atelier
Elle a le regard franc des gens de la côte, le sourire qui sent l’iode. À Port-en-Bessin, Isabelle Hélie ne passe pas inaperçue lors des gros coups de vent : elle arpente la plage, sacs sous le bras, ramasse filet, plastiques et bois échoués. Tout finit dans l’atelier ouvert, face aux vagues. Son credo : « Mon matériau, c’est ce que la mer rend. Je dialogue avec elle, j’apprends ce qu’elle crache, ce qu’on lui a donné. »
Ses « Poissons fantômes », alignés sur le port, sont faits de déchets tressés à la main : gros impact visuel, message limpide sur la pollution plastique. L’installation a attiré plus de 6 000 visiteurs lors des Rencontres d’Art de Port-en-Bessin 2023 (source : organisation du festival).
Yannick Nelle : l’industrie et la Seine en héritage
Ancien ingénieur reconverti, Yannick regarde le fleuve avec un respect contagieux. Son truc, c’est l’assemblage : ferrailles issues des friches portuaires, cordages, bois mort, objets oubliés par la marée haute. Il anime des ateliers sur les quais de Rouen, chaque été, où petits et grands réalisent des œuvres collectives – le tout entre deux dégustations de fruits de mer sur la place du Vieux Marché.
En 2022, son parcours « Mémoires du fleuve » a fédéré plus de 400 participants, avec une dizaine de totems exposés tout l’été. Un événement relayé par Paris-Normandie.
Erwan Drouet, l’engagement version Cotentin
Rendez-lui visite à Cherbourg, le samedi matin, marché couvert thermos à la main : il lance souvent un « apéro ramassage ». Le principe : on nettoie une anse, on collecte toutes sortes de matériaux usés et, avec l’énergie du groupe, on assemble une œuvre sur place. Les totems créés ornent désormais les villages du Cotentin, pièces faites main par plusieurs générations. Pas de discours, l’action d’abord : « Ce qu’on ramasse, on le sublime. Notre regard change et celui des gens aussi. »
En 2023, plus de 2 tonnes de matériaux réutilisés dans ses œuvres (chiffre association Cotentin Objectif Zéro Déchet).
Collectif Céladon, à marée basse
Là où la Manche façonne chaque vague, le collectif Céladon improvise son atelier en plein air. Ils sont cinq, tous issus de la même promo beaux-arts de Caen. Leur spécialité : land art éphémère. Pendant le Festival des Cabines de Granville, on les retrouve pieds nus, traçant d’immenses filigranes sur le sable avec des déchets collectés le matin même. Œuvres effacées par la marée : l’impermanence, comme un clin d’œil à la fragilité de notre environnement.
Les œuvres du collectif ont été partagées plus de 5 000 fois sur Instagram et TikTok sous le hashtag #CabinesGranville2023, attirant un public jeune et branché sur les questions d’écologie (source : organisation du festival).