Philippe Delval, l’œil normand qui capte l’inattendu

L’actu qui fait vibrer la Normandie

À l’affût d’instants normands : qui est Philippe Delval ?

On l’a croisé à une fête médiévale à Domfront, sur un quai brumeux du port de Cherbourg ou planté au ras des blés près de Fécamp. Toujours avec ce regard curieux, caméra vissée sur l’œil, Philippe Delval traque la lumière et l’instant, là où d’autres passeraient à côté. On est loin du photographe « cliché » avec trépied et grandiloquence. Ici, Delval, c’est le funambule de l’image, celui qui saute d’un pigeonnier vernissé à une backstage d’artiste. Portrait rapide – promis, on ne vous la fait pas « bio officielle » façon LinkedIn.

  • Né en 1969 (source : Ouest-France, janvier 2021).
  • Normand pur jus, installé près de Honfleur, mais jamais loin de la Manche ni du Calvados.
  • Vit avec un carnet griffonné de lieux à shooter, des idées de projets à faire lever au petit matin.

Chez Delval, la Normandie n’est jamais tapie dans la pénombre. Elle illumine, elle palpite. Son credo ? Rencontrer, documenter, sublimer sans trahir. Il photographie parce qu’il a peur d’oublier – et peut-être pour nous éviter d’oublier aussi.

Un style à fleur de peau : poésie locale et documentaire du réel

La première chose qui saute aux yeux, c’est ce mélange de douceur et de franchise dans son travail. Pas de filtres outranciers, pas de dérive « Instagrammable » à outrance. Delval sème la poésie sur bitume et varech. Son terrain de jeu ? Une Normandie sans maquillage, exposée sous tous ses reliefs.

Le style Delval, c’est :

  • Une lumière normande, parfois crue, jamais fade.
  • Des cadrages fauves, souvent à ras du sol ou à la verticale pour capter l’âme d’un lieu.
  • Un amour des portraits, en particulier des “gueules” normandes croquées sur les marchés, dans les petits cafés ou en plein festival (cf. sa série Les Gens d’ICI – exposée à Pont-Audemer, 2022).
  • Une palette sobre : nuances de gris et couleurs assourdies, quand il ne shoote pas carrément en noir et blanc façon Doisneau passé au cidre doux.

Il y a chez lui cette volonté de marier la modernité urbaine – graffitis du Havre, architectures de la reconstruction à Caen – et la ruralité têtue des campagnes percheronnes. Poésie de la vasière et énergie des concerts rock : la ligne Delval, c’est d’accepter les contrastes sans chercher à les effacer.

Projets qui claquent : du patrimoine aux scènes vivantes

Depuis une quinzaine d’années, Philippe Delval multiplie les séries personnelles et commandes institutionnelles. Son fil rouge : montrer la Normandie vivante, populaire, inventée chaque jour. Quelques repères à retenir pour briller à l'apéro (ou dans les soirées Diaporama).

Série « Vivre en Manche » (2015-2018)

  • Projet mené avec le soutien du Conseil départemental de la Manche.
  • Portraits de familles de pêcheurs, agriculteurs et ouvriers du Cotentin.
  • Exposition itinérante à Granville, Avranches, Barfleur.

Focus : « Nuits normandes »

Delval se faufile dans les concerts, festivals, soirs de carnaval. Objectif : saisir la Nuit normande en train de vivre. C’est brut, tendre, parfois cabossé ; les regards portent la fatigue douce du dernier train de Ouistreham.

  • Prix du jury au Festival Images Plurielles de Rouen (2019)
  • Installation immersive au Stereolux de Nantes (hors-Normandie, mais on lui pardonne !)
  • Photos relayées sur Normandie Actu (voir rubrique Culture, 2021)

« Gens d’ICI » : les anonymes prennent la pose

C’est probablement le projet-phare de Philippe Delval. Durant presque deux ans, il a vadrouillé avec un vieux Rolleiflex sur les marchés de Lisieux, les fêtes de la pomme ou dans les coulisses des restaurants en éclosion. Les portraits qui en résultent sont très loin de l’imagerie d’Épinal :

  • Des visages burinés, le sourire sincère ou la mine fermée, mais jamais surjouée
  • Des situations ordinaires : boulanger à 5h du matin, ado à mobylette, pêcheur de crabes à Pirou
  • Un recueil-photo édité à 500 exemplaires (épuisé, mais consultable aux médiathèques de Lisieux et Honfleur)

Expositions et reconnaissances : la Normandie sur ses cimaises

Si Delval aime les coins discrets, il n’a pourtant rien d’un photographe d’alcôve. Depuis la fin des années 2000, il s’est imposé comme un « témoin du quotidien » dans plusieurs lieux culturels. Petit tour de ses accrochages majeurs :

  • Musée du Vieux Granville – Expo « Entre Terre et Mer », 3 000 visiteurs sur trois mois, été 2017 (Source : La Manche Libre).
  • Le Tetris (Le Havre) – Exposition collective « Scènes normandes », alongside artistes comme Gabrielle Duprat et Karim Boukercha ( printemps 2022).
  • Médiathèque d’Ifs (près de Caen) – Solo show « Lumières Normandes » avec ateliers participatifs pour les scolaires, hiver 2021-2022.

Ses images servent aussi d’archives vivantes : elles figurent dans plusieurs livres et dossiers patrimoniaux, type “Normandie, histoires en images” publié par les éditions Orep (2022, ISBN 9782815105109).

Inspiration et méthode : entre patience, curiosité et immersion

Quand on écoute Delval parler de son métier sur France Bleu Normandie (émission du 7 mars 2023), on sent chez lui un vrai goût pour l’attente et la surprise. Ce n’est pas le genre à débarquer dans un village, photographier à la volée et filer au bistrot : il se fond dans le décor, discute, revient pendant des semaines parfois. Quelques trucs et “tocs” qui font son quotidien :

  • Travail quasi exclusif hors studio : 95 % de ses clichés sont pris en lumière naturelle.
  • Matériel minimaliste, vieille habitude héritée de ses premières années : « moins j’en ai, plus je regarde ».
  • Il passe beaucoup de temps à revenir sur les lieux pour refonder des liens avec ses sujets.
  • Un gros accent sur l’oralité des rencontres : ses séries sont souvent accompagnées d’extraits de paroles recueillies “sur le vif”.

En filigrane : un travail comparable au documentaire, mais boosté par l’œil du poète - c’est ce qui fait qu’on reconnaît du Delval au premier coup d’œil.

Philippe Delval et la scène normande aujourd’hui : influences et nouveaux défis

Photographier la Normandie, ok, mais pourquoi, comment, pour qui ? Pour Delval, il ne s’agit pas de revisiter l’existant, mais de dessiner la suite. Du coup, il est souvent impliqué sur :

  • Des résidences artistiques en collège et lycée : il transmet son goût du terrain, accompagne les ados dans des projets photo sur la ruralité ou la jeunesse normande (“La Jeunesse à la lisière”, projet 2021 avec le Collège Simone Veil de Vire).
  • Quelques incursions dans la vidéo, pour des formats courts diffusés sur Tébéo et France 3 Normandie.
  • Un projet en cours (prévu pour automne 2024) : “Aujourd’hui, la Normandie”, série collaborative avec des habitants-photographes amateurs.

Et demain ? Delval continue de gouter au sel normand, d’explorer ce qui bouge, ce qui éclate, ce qui déborde. Loin des cartes postales, il s’attèle à rendre visible l’invisible. On a hâte de découvrir la suite.

Pour aller plus loin : où voir, où rencontrer Philippe Delval ?

L’univers Delval ne se découvre jamais mieux qu’en vrai. Voici comment croiser son objectif (ou boire un café avec lui, comme on l'a déjà fait à la terrasse du Saint-Sauveur, à Honfleur).

  • Page pro Facebook : « Philippe Delval Photo » (infos, dates d’expo, making-of, appels à modèles).
  • Son site officiel : philipppedelval.com (portfolio, infos presse, contact pro).
  • Expositions à venir : « Nuits normandes » en tournée à la médiathèque de Cherbourg, octobre 2024 (programme sur le site de la Ville).
  • Livres et catalogues consultables dans la plupart des médiathèques normandes.

La Normandie se réinvente chaque jour, et Delval y pose son empreinte. L’envie d’aller voir, d’aller vivre, de s’étonner. C’est peut-être ça, l’essence même du regard normand : jamais lassé, toujours sur le qui-vive.