MuMa du Havre : là où l’impressionnisme et la lumière prennent rendez-vous avec la mer

L’actu qui fait vibrer la Normandie

Le MuMa du Havre : une escale lumineuse sur la côte normande

On débarque au Havre, pile sur la digue, nez au vent marin. Le MuMa n’est pas un musée classique encastré entre des murs épais. Non. Ici, c’est tout l’inverse. Le musée tel un paquebot de verre face au large. Lumière à bâbord, lumière à tribord. Impossible de le rater : c’est Le Havre qui accueille un ovni architectural signé Guy Lagneau, Michel Weill et Jean Dimitrijevic en 1961 — un bâtiment en béton et baies vitrées, conçu après la guerre, dans la foulée du renouveau urbain d’Auguste Perret (source : Fondation Le Corbusier).

On s’y pose toujours avec cette sensation d’espace : le ciel, la Seine, l’eau grise ou bleue selon humeur météo… et cette lumière qui traverse le musée de part en part, comme un écho à la fièvre des peintres impressionnistes pour l’ambiance lumineuse.

Un musée qui parle de lumière, mais pas que !

Impossible de demander le programme sans parler des collections permanentes. Le MuMa, c’est carrément l’un des cinq plus grands musées français pour le fonds impressionniste et postimpressionniste (source : Comité des musées de France). Au menu : plus de 1 800 œuvres exposées en rotation, dont une soixantaine de toiles majeures du courant.

  • Claude Monet : “Impression, Soleil Levant” ? Si elle est au Musée Marmottan, les paysages havrais (dont “La plage du Havre”, 1864) sont là pour donner le diapason du genre : ciel capricieux, brouillards maritimes, reflets qui dansent.
  • Raoul Dufy : Enfant du Havre, génie du bleu. Ses aquarelles vibrent et donnent un autre tempo aux quais du Havre.
  • Eugène Boudin : Le pionnier qui a inspiré Monet. Les nuages, les pêcheurs, les vacanciers Belle Époque s’invitent dans ses panoramas lumineux.
  • Camille Pissarro, Berthe Morisot, Alfred Sisley : Des noms qui font rêver, avec des œuvres où la lumière normande s’exprime jusqu’au bout du pinceau.

Cerise sur le tableau : régulièrement, des accrochages valorisent de nouvelles pièces sorties de la réserve (voir “Le Journal des arts”, numéro spécial sur le MuMa).

Quand le musée s’efface pour laisser passer la lumière

On ne visitera jamais vraiment deux fois le MuMa de la même façon. D’abord à cause de l’architecture. Ici, pas de salles obscures où s’enchaînent tour à tour chefs-d’œuvre et cartels illisibles. Mais des espaces ouverts, traversants, où chaque tableau profite autant de la lumière naturelle que de ses propres couleurs.

  • Baies vitrées toute hauteur ouvertes à 180°. Le Havre devient la toile de fond, l’œuvre dans l’œuvre.
  • Un béton clair qui ne s’impose pas, mais souligne discrètement les œuvres.
  • Des patios où on a l’impression de pouvoir respirer au beau milieu des sculptures.
  • Organisation fluide : pas de chemin imposé, on se laisse guider par la lumière et les envies.

Ce n’est donc pas un hasard si Jean Nouvel ou Norman Foster ont reconnu l’audace architecturale du MuMa (source : “MAM”, magazine d’architecture moderne). Le bonus : une brise salée à portée de fenêtre, et souvent des goélands qui lancent leurs commentaires (souvent plus justes que ceux de certains audioguides, on vous assure).

L’impressionnisme : racines havraises, éclats universels

C’est au Havre — et ce n’est pas du chauvinisme de ponton — qu’a démarré la révolution impressionniste. “Impression, Soleil Levant” (1872), c’est la rade du port havrais. Monet le dira mieux que quiconque : « J’ai fait ailleurs la moitié de ma fortune, mais c’est la lumière du Havre qui me revient toujours ».

Le MuMa, c’est ce retour aux racines. Ici, l’impressionnisme ne se limite pas à une panoplie de pastels. C’est un état d’esprit. Peindre dehors, capter l’instant, raconter une météo (et donc, une humeur). C’est ici que les artistes posent leurs chevalets depuis 150 ans, avec cette lumière saturée par la mer, qui n’est jamais la même.

Période Artiste marquant Œuvre phare au MuMa
1850-1870 Eugène Boudin Paysages de la plage, scènes de marché
1870-1900 Claude Monet Vue du port, variations lumineuses
1940-1960 Raoul Dufy Vues du port, joutes chromatiques

L’impressionnisme s’exporte, mais ici, il fait partie de la brume, du vent et du quotidien. D’où ce petit frisson quand on avance dans la grande nef, face à la lumière qui change au fil de la journée.

On y va aussi pour... tout le reste : vie du musée, expos temporaires, initiatives locales

Le MuMa, ce n’est pas qu’une collection sous vitrine. Toute l’année, ça bourdonne. Les expos temporaires font vibrer les murs et invitent à voir autrement. En 2023, le parcours “Nuits électriques” revisitait la nuit havraise à travers la création contemporaine ; avant, c’était “Raoul Dufy, les Années folles” ou l’exposition hommage aux femmes aquarellistes impressionnistes.

  • Ateliers famille tous les mercredis et samedis : une nouveauté à chaque période de vacances scolaires, histoire de s’essayer soi-même à la chasse à la lumière.
  • Rencontres avec les artistes pendant les festivals locaux : on pense à “Un été au Havre”, où des plasticiens contemporains installent parfois des œuvres hybrides dans le musée… ou sur la plage.
  • Concerts, conférences, lectures : la programmation s’ouvre, la scène locale y a toute sa place. Avec souvent des collaborations avec le Conservatoire Arthur Honegger ou les structures du Volcan, scène nationale.
  • La bibliothèque (plus de 6000 ouvrages, catalogue en ligne) où étudiants et curieux croisent régulièrement des artistes en repérage.

En pratique : ce n’est pas rare d’y croiser, le samedi, un peintre en plein travail, ou une classe d’option arts plastiques du lycée Claude Monet, carnet de croquis en main (source : programme pédagogique du MuMa).

Dans les coulisses : petits secrets et anecdotes normandes

Côté petites histoires, le MuMa n’a rien à envier aux musées parisiens. D’abord parce que le musée a subi une tempête majeure en 1999 : résultat, grand toilettage des collections et refonte muséographique, sans jamais perdre cette âme audacieuse.

  • Un tableau de Monet prêté au Japon en 2016 a dû voyager dans un container pressurisé !
  • Les plus anciens conservateurs racontent que c’est Camille Saint-Saëns en personne qui, au début du siècle, venait pianoter lors des premières soirées organisées dans le musée municipal, ancêtre du MuMa (source : archives municipales Le Havre).
  • La salle consacrée aux œuvres d’Eugène Boudin change de place régulièrement, pour s’adapter à la luminosité ambiante. Oui, la lumière, c’est quasi du sur-mesure ici.

Le MuMa en pratique : une expérience à vivre en toute saison

Petite check-list pour les curieux ou les habitués :

  • Où ? 2, boulevard Clemenceau, à deux pas de la plage et du port de plaisance.
  • Quand ? Ouvert tous les jours sauf le lundi, de 11h à 18h. Pensez à vérifier les jours fériés, ils sont joueurs.
  • Tarifs : 8 € plein tarif, gratuité pour les moins de 26 ans, tarif réduit selon les expos. Accès libre pour les collections permanentes chaque premier samedi du mois (source : site officiel du MuMa).
  • Café du musée : une terrasse avec un des plus beaux couchers de soleil de la région. (Véridique, y compris en janvier si on n’est pas frileux.)
  • Venir à vélo ? La Vélomaritime passe juste devant : autant joindre l’utile à l’agréable et siroter un p’tit jus sur le retour.

Petit tips d’habitués : y flâner en fin d’après-midi, quand la lumière descend et les toiles changent presque de couleur sous vos yeux (testé et approuvé). Impossible de ne pas ressortir imprégné de cette ambiance si unique — entre œuvres, ciel et baie havraise.

Un musée vivant, ancré à deux minutes du large

Aucune visite au MuMa ne ressemble à la précédente. Que l’on soit amateur ou spécialiste, normand ou de passage, ce musée donne une vraie leçon de lumière et d’ancrage local. L’histoire havraise, l’impressionnisme qui s’invente, l’audace architecturale, les expos qui secouent : ici, la Normandie s’offre sur une palette infinie. On parie que vous en ressortirez avec, au fond de la rétine, un bout de ciel ou de mer qui vous poursuivra encore un moment.